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  • Bahija KAA - La meuf de la com

Comment gérer la communication quand on est un projet associatif écologique ?

Dernière mise à jour : 8 mars

PORTRAIT & ÉCHANGE AVEC...

Frédérick Mathis Co-directeur de 3PA formation & Président de la Fondation ETRE (Écoles de TRansition Écologique)

Généralité : 40 ans, né à Toulouse, où il a grandi jusqu'à 14 ans, “avant de mal tourner” il va vivre à la campagne à 35 km de Toulouse et y porte aujourd’hui des projets à rayonnement national et au-delà.

Particularité : Il a été élève d’une école pratiquant les méthodes d'éducation nouvelle, en particulier la pédagogie par le faire. À 9 ans, il rêve de créer son école un jour, à 15 il crée un parti politique, à 35 ans, il a fondé Le réseau national des Écoles de la transition écologique (entre autres !).

Son apport à la communication : La visibilité, c'est faire connaître et reconnaître ce qu’on fait. Mais la communication, c'est un jeu d’équilibriste. Entre le côté nécessaire, tout en restant concentré sur les projets, et il faut faire attention à ne pas se laisser envahir par le tourbillon de la communication. Il faut la voir comme un moyen et pas une fin. Il faut se servir d’elle plus qu’elle ne se sert de nous. Mais il reste convaincu que sans elle son projet ne serait pas où il est aujourd'hui.

“Faire de la communication, c'est bien, mais il faut une stratégie pour faire cette com’. C’est pour ça qu’il faut être accompagné pour construire cette stratégie

Son parcours

Après des études en gestion de projet informatique, “par obligation” et ensuite un Master en sciences de l’éducation et il se passionne très tôt pour les questions économiques et surtout politiques. C’est à l’université qu’il découvre sa seconde passion : le monde associatif et l'éducation. Il monte ses premiers projets et son premier festival.

Son mémoire universitaire porte sur la question interculturelle et donc comme la réflexion par l’action fait partie de son ADN il lance un projet d’échanges interculturels entre la France et le Sénégal, c’est la naissance de 3PA (Penser, Parler, Partager). L’écologie vient naturellement parce qu'elle fait écho à son engagement politique fort.

“J’ai jamais fait partie d’un parti, mais j’ai toujours été passionné par la politique, à 15 ans j’ai créé un parti politique avec les copains”

Pour lui l’écologie s’est présentée comme une évidence, car elle réunit tous les sujets politiques : la question du vivre ensemble, de vivre avec son milieu, de la gestion des ressources, etc.

Ensuite, il fera un passage à Bruxelles où il instruit les dossiers Éducation & Culture au sein de la Commission Européenne, une expérience qui met en pratique son apprentissage de la gestion projet et lui aura permis de développer sa rigueur et sa connaissance approfondie du processus de financement.

Mais il ne se retrouve pas complètement dans cet univers.


Le retour aux sources

Deux évènements lui donneront l’opportunité de retourner en Occitanie :

  1. La promesse qu’il avait faite à un ami d’enfance de monter un projet avec des jeunes: ils créent donc un service d’accompagnement au savoir dans une Maison d’Enfant à Caractère Social (MECS)

  2. L’organisation du Forum des alternatives à l’Université Paul Sabatier en 2004 : Vivre autrement vivre mieux

Lors de ce projet au sein d’une MECS, il met en place des ateliers autour des enduits terre qui vont avoir un succès fou, deux éducateurs vont démissionner pour faire le tour de France des méthodes d’écoconstruction et contre toute attente les jeunes vont adorer mettre les mains dans la terre. C’est le déclic, l’idée est là, il faut faire construire de choses à ces jeunes en difficulté. Le festival lui permettra de découvrir le monde de l’ESS et l’ampleur du sujet de la question écologique & solidaire. Son parcours professionnel est lancé.


Il devient directeur d’une association d'éducation à l'environnement à Toulouse, et il vit à Poucharramet à 35 km ; c’est un non-sens. Selon lui, il faut se réapproprier les espaces ruraux et développer l'emploi. Dès 2008, il met en en place via 3PA des chantiers pour les jeunes dans son village et consolide sa vision de l’éducation à l’environnement par l’action, avec l’envie de créer les bâtisseurs de ce nouveau monde de l’écologie...


Parallèlement, il crée la Maison de la Terre, un café culturel en milieu rural, qui propose une programmation artistique, dans un bâtiment municipal de la ville de Poucharramet. Deux projets qui rencontrent un grand succès ! (encore aujourd'hui!!)

“on nous disait les projets ne peuvent pas se développer parce qu’il n'y a rien à la campagne mais ce rien est devenu notre force”

De nombreux projets se sont développés jusqu’en 2011 pour aboutir à la création d'une entreprise d’éco-construction, HEPOC une entreprise de construction écologique en entreprise d’insertion.“L’histoire nous dira que ce n'était pas forcément le meilleur choix... ” Une formidable aventure, mais le bâtiment est un secteur bien particulier qui nécessite des compétences spécifiques, ce projet ne durera pas, en 2014, on passe de 20 à 1 salariée !


De l’échec au nouveau départ

C’est la claque!!!! Grosse phase de doute profond, qui va aboutir à un retour vers sa première passion : l’éducation.

Tout bascule suite à un échange Mathilde Loisil, celle qui deviendra la codirectrice de 3PA Formation : ensemble ils vont créer une école.

ETRE Lahage verra le jour en 2017. C'est la première école de la transition écologique, encore aujourd'hui le modèle pilote EST essaimé dans toute la France via un réseau national : La Fondation ETRE. Elle diffuse à travers d'autres territoires le modèle des Écoles de la transition écologique, 8 écoles actives actuellement et 15 seront actives d’ici fin 2022 !


Aujourd’hui 3PA formation : c’est 20 salarié.e.s, un budget annuel de 1,5 million d’euros, un Tiers Lieu de 3000 m², 3 ha de terrain, 6 formations, 350 jeunes accompagnées depuis 2017, 78% des élèves en sortent avec succès, 60 entreprises partenaires, des partenaires financiers privés & publics solides et une notoriété grandissante...

Et la communication dans tout ça ?

Questions - Réponses


Quelle est la place de la communication dans les projets écologique ?


La visibilité, c'est se faire connaître et reconnaître sur ce qu’on fait. C’est aussi fondamental par rapport aux équipes qui sont engagées dans le projet (bénévoles, salariés, Conseil d’administration, les jeunes...), quand il y a une visibilité par rapport à ce qu’on fait, ça signifie que c’est important.

“Dans un projet comme le nôtre, c'est essentiel, on est à 40 km de Toulouse personne ne voit, comme c’est souvent le cas dans l’ESS, il y a de nombreux projets supers, mais qui ne sont pas visibles.

Pourquoi est-ce important de communiquer quand on est projet de l'ESS ?

La communication donne aussi de la légitimité par rapport à ce qu’on fait. Mais ce qui est extrêmement important, c'est que la communication vienne après l’action. Je rencontre souvent deux types d’acteurs :

  • Ceux qui se crèvent à la tâche dans des super projets, mais qui ne savent pas communiquer dessus et du coup sont freinés dans leur développement, notamment économique” L’effet pervers de ce manque de reconnaissance, c'est qu’il y a un essoufflement du projet et de ses porteurs, on peut même voir une forme d’aigreur pour ces passionnés qui ne trouve pas la légitimité qu’ils méritent dû à ce manque de savoir-faire en communication.

  • Et puis il y a ceux “qui misent tout sur la com’” Des projets hyper bien emballés, mais quand on creuse un peu ce sont des coquilles vides.

L’enjeu en communication pour moi aujourd’hui c’est :

“Comment tu mets ce bel emballage au service de ceux qui font ?”

Je fais un autre constat, dans les petites et moyennes équipes il est difficile de mobiliser sur le sujet de la communication alors que par ailleurs pour les gros projets, c'est là où on va mettre un maximum d’énergie parce qu'on a bien compris que c’était essentiel...


Comment réussir sa communication quand on est des petites ou moyennes structures ?

La difficulté, c'est que c’est un sujet où on ne voit pas l’impact immédiat, mais à 3PA ce qu’on constate c'est que si on n’avait pas de com on n'en serait pas là. La communication, c'est vraiment un jeu d’équilibriste, entre le côté nécessaire, mais tout en restant focus sur les projets et il faut veiller à ne pas se laisser envahir par son tourbillon.

Faire de la communication, c'est bien, mais il faut une stratégie. C’est pour ça qu’il faut être accompagné pour faire cette stratégie et pouvoir prendre de la hauteur.

La com’ c’est un moyen et pas une fin. Il faut s'en servir plus qu’elle ne se sert de nous.

L’enjeu est de déterminer à pourquoi on fait de la com' et aussi défendre l’impact de la communication auprès des équipes pour qu’ils-elles se mobilisent plus sur ce sujet.

Pour Frédérick développer une stratégie, c'est un fondamental sur ce sujet.

Retrouver plus d'infos sur ses projets : 3PA formation / Le réseau ETRE / La maison de la Terre

Entretien par Bahija Kibou

Formatrice, coach en com' & créatrice graphique


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